Pourquoi un véganisme positif ?
Dans la manière de vivre le véganisme, j’observe régulièrement des attitudes rigides tournées vers soi (culpabilité, exigences très sévères) et vers les autres (colère, jugement, agressivité). Je suis triste de cela, car je vois une certaine souffrance chez ces personnes mais aussi une dégradation de l’image associée à ce mouvement (qualifié d’extrémiste, d’intolérant, d’agressif…). Je souhaite apporter une contribution à travers ce blog, pour générer des réflexions critiques et auto-critiques et proposer des outils dans le but d’un mieux-être et d’une meilleure efficacité dans la manière de communiquer.
J’invoque deux raisons pour justifier l’importance d’un véganisme bienveillant et positif :
1. Par soucis de cohérence
Bien avant la question de l’utilité, la question de la cohérence me semble primordiale.
Dans le mouvement antispéciste, il y a l’idée d’élargir son cercle de compassion, et de ne plus le faire dépendre de critères arbitraires (comme le fait d’appartenir à l’espèce humaine ou à une espèce d’animaux domestiques) mais de pouvoir l’étendre à tout être vivant doué de sentience.
Par soucis de cohérence, il me semble important que la destination visée soit atteinte en utilisant un moyen cohérent avec les valeurs liés à cette destination.
Par conséquent, si l’on souhaite développer une relation à tout être vivant sentient basée sur la bienveillance, le respect et la compassion, il me semble logique de l’appliquer dès le départ, et notamment avec chaque être humain, même s’il n’est pas d’accord avec nous. Utiliser la violence pour atteindre la compassion me semble incohérent et contribue à légitimer la violence et à accorder moins de crédit à la compassion.
2. Par soucis d’efficacité
Je fais le pari qu’une relation à soi et aux autres basée sur la bienveillance est beaucoup plus efficace et constructive pour le mouvement antispéciste.
De manière purement mathématiques, si l’on enlève l’option d’une législation qui interdirait les produits animaliers, l’importance du mouvement végan va dépendre de deux paramètres :
- La capacité des personnes veg* à le rester.
- La capacité de ces personnes à influencer de nouvelles personnes pour le devenir.
Concernant le premier facteur, il me semble que vivre ses choix éthiques avec apaisement et bien-être me paraît beaucoup plus efficace pour les maintenir dans la durée qu’avec réactivité émotionnelle faite de culpabilité, de stress et de colère. De plus, garder un comportement dans la durée et incarner un modèle d’une personne qui vit bien son choix alimentaire me semble être la manière la plus efficace de convaincre.
Concernant le second facteur, être bienveillant et empathique dans la communication est beaucoup plus efficace qu’être culpabilisant, dénigrant et agressif pour faire passer un message.
Plus on attaque, plus cela génère un comportement défensif chez la personne, elle va plus défendre son comportement et attaquer en retour que véritablement se poser des questions et réfléchir de manière raisonnée.
- En psychologie sociale, le concept de réactance psychologique nous informe que plus on impose un choix à une personne, plus elle va choisir l’inverse pour réaffirmer sa liberté.
- Dans les campagnes de promotion de la santé (arrêt du tabac par exemple), on s’aperçoit que recourir à la peur de manière excessive peut davantage augmenter des comportements défensifs (« Je vais bien mourir de quelque chose de toute façon alors autant fumer ») que de réels changements de comportement (arrêt ou diminution du tabac).
L’agressivité est la réponse facilitée par la colère, mais ce n’est pas par ce que c’est la réponse la plus facile que c’est la plus efficace ou la plus constructive.
A quoi ressemblerait un mouvement antispéciste positif ?
Il s’agirait de vivre et de communiquer ses choix éthiques d’une manière constructive pour soi et pour les autres, cohérente avec les valeurs et l’éthique sous-jacente à ce mouvement et enfin, qui augmenterait l’efficacité de ce mouvement.
Un véganisme positif pour soi : c’est une manière de vivre ses choix éthiques qui favorisent un bien-être avec le sentiment d’être aligné avec ses valeurs et de trouver du sens dans ses actions.
Le faire pour se rapprocher de ses valeurs (but d’approche) plutôt que pour éviter la culpabilité (but d’évitement). La culpabilité peut être une impulsion utile et efficace au changement, cependant utiliser uniquement ce carburant pour réguler son comportement est très coûteux et rigide sur le long-terme. Le sentiment d’harmonie d’être aligné avec ses valeurs est certainement plus ressourçant.
- Voir ce choix éthique comme une expérience de croissance (se rapprocher de ses valeurs et trouver du sens) plutôt que comme une privation gustative ou sociale. Il y a certainement les deux aspects présents dans cette réalité, la privation d’un aliment gustatif et le fait de se rapprocher de ses valeurs, mais faire ce choix revient à réaffirmer à chaque occasion ce qui est le plus important. Quand les gens me demandent si ce n’est pas trop difficile d’arrêter de manger de la viande, je leur réponds que cela m’apporte quelque chose de bien plus précieux que le goût d’un aliment : me sentir aligné avec des valeurs et trouver du sens dans mes actions. Chaque effort est une opportunité de me rappeler que je vis selon mes valeurs : quand je ne mange pas grand-chose car il n’y pas de plat adapté, quand je dois insister plusieurs fois pour faire respecter mes choix alimentaires en famille ou avec des amis.
- Se focaliser sur ce qui est sous notre contrôle : sur la contribution que l’on peut apporter. La seule zone de la réalité sous notre contrôle est notre propre comportement, et encore il n’est pas toujours simple de la contrôler autant que l’on aimerait (s’inscrire à la salle de sport et ne pas y aller…). En se focalisant sur ce que l’on peut faire à son niveau, cela contribue à générer un sentiment de trouver du sens dans ses actions et de l’optimisme et donc à maintenir l’action dans le temps. Cela évite de tomber dans le pessimisme passif « toute façon ça ne changera jamais » ou dans la colère qui mène à l’abandon « ça ne sert à rien que je continue à faire des efforts, si 90% des gens ne changent pas ». La citation de Gandy résume très bien cela : « incarne le changement que tu souhaites voir dans le monde ». Si votre but est de convertir tous vos amis ou que plus aucun animal dans ce monde ne souffre, vous allez vous épuiser et perdre espoir car cet objectif n’est pas sous votre contrôle et donc irréaliste pour le moment. L’influence des autres est essentielle pour que ce mouvement prenne de l’ampleur, cependant il s’agit de le faire avec acceptation de ses limites et de la réalité présente. Le changement prend du temps, accepter ce fait est essentiel pour tenir dans la durée sans s’épuiser inutilement.
Véganisme positif pour les autres : une manière de communiquer avec les autres qui soit respectueuses et compassionnelles, y compris avec les personnes qui ne font pas le même choix ou qui ont des avis différents.
- Utiliser une communication non-violente. Il s’agit d’une communication respectueuse de l’autre, même s’il a des avis ou des besoins différents. Juger, dénigrer, rabaisser, culpabiliser ne sont pas des attitudes respectueuses et elles contribuent à rigidifier l’autre sur ses positions plutôt qu’à l’amener à réfléchir sur ses habitudes.
- La bienveillance ne signifie pas se laisser marcher dessus ou ne rien dire, il s’agit d’être autant bienveillant à l’égard de soi que des autres, c’est à dire exprimer nos besoins, préférences et opinions mais également reconnaître ceux des autres. Pour être plus précis, je parlerais d’authenticité bienveillante, faire de la place à soi mais aussi à l’autre.
Conclusion
L’ancrage de ce mouvement repose sur deux piliers :
- La raison : la capacité de réfléchir, de s’appuyer sur des faits, des arguments et des preuves scientifiques, et de questionner ses choix. La raison est au service d’actions réfléchies et éthiques mais également au service d’action efficaces et utiles pour le mouvement antispéciste.
- L’ouverture bienveillante à son expérience et à celles de l’autre, même s’il a un avis différent ou fait partie d’une autre espèce.